Ce n’est pas une simple case à cocher : réflexions après l’incendie de Montréal

James Hutt Technicien de service de l’ACAI, Johnson Controls

Je pense souvent à l’incendie qui a coûté la vie à sept personnes à Montréal en 2023, surtout depuis que le propriétaire a récemment été inculpé. La nouvelle d’un incendie mortel est profondément bouleversante, mais pour nous qui travaillons dans le domaine de l’alarme incendie et de la sécurité des personnes, ces événements vont bien au-delà des manchettes. Nous pensons immédiatement à la détection, à la notification et au fonctionnement du système, et nous nous demandons si les occupants ont eu suffisamment de temps pour évacuer les lieux rapidement et en toute sécurité.

C’est le poids qui pèse sur nos épaules dans ce domaine. Nous ne pouvons pas nous permettre de considérer les systèmes d’alarme incendie comme de simples infrastructures d’arrière-plan, car nous savons parfaitement ce qui est en jeu lorsque nous devons compter sur leur bon fonctionnement. Chaque dispositif, chaque circuit, chaque signal, chaque séquence et chaque ligne d’un rapport est, en fin de compte, lié à la vie humaine.

Pour la plupart des gens, un système d’alarme incendie passe presque inaperçu. C’est quelque chose qui est fixé au mur ou au plafond, un objet familier auquel on ne prête pourtant pas beaucoup attention. Un avertisseur manuel près d’une sortie, un détecteur de fumée au plafond, un klaxon stroboscopique dans un couloir, un panneau de contrôle caché dans un local électrique. La plupart des occupants ne s’intéressent pas beaucoup à ces dispositifs, et ils ne devraient pas avoir à s’en soucier. Leur attente est simple et raisonnable : en cas d’urgence, le système fonctionnera. Il doit détecter, communiquer et permettre aux personnes d’évacuer les lieux en toute sécurité.

Ce qui permet de répondre à cette attente, c’est énormément de discipline, de précision et de responsabilité.

Un système d’alarme incendie n’est pas simplement un ensemble de composants. C’est un système intégré de sécurité des personnes conçu pour fonctionner dans les conditions les plus difficiles, lorsque la panique, la fumée, la confusion et des circonstances qui évoluent rapidement peuvent éliminer toute marge d’erreur en quelques secondes. Sa fiabilité n’est pas le fruit du hasard. Le système d’alarme incendie dépend d’une conception rigoureuse, d’une installation appropriée, d’une vérification compétente, d’inspections et d’essais rigoureux, d’une documentation précise, de réparations effectuées en temps opportun, ainsi que d’une culture professionnelle qui prend chacune de ces responsabilités au sérieux.

C’est pourquoi je crois fermement que notre travail ne peut pas se résumer à un simple exercice visant à cocher des cases.

Vu de l’extérieur, ce que nous faisons peut sembler purement une question de procédure. Un technicien arrive sur place, met à l’essai les dispositifs, consigne les résultats, identifie les lacunes, coche les cases et passe à autre chose. Sur papier, le processus peut sembler routinier, voire purement administratif. On est souvent tenté, surtout lorsqu’on n’est pas du milieu, de considérer la conformité comme une fin en soi : réaliser l’inspection, signer le rapport, satisfaire aux exigences.

Cependant, en matière de sécurité des personnes, une procédure sans objectif est dangereuse.

Une case à cocher permet de confirmer qu’une tâche a été effectuée. Cela ne permet pas de déterminer si cette tâche a été effectuée avec le jugement, l’attention et les compétences techniques nécessaires. Cela ne permet pas non plus de déterminer si la personne a compris les conséquences d’une lacune, a pris le temps d’examiner une anomalie ou a pris conscience qu’un problème apparemment mineur pouvait compromettre le fonctionnement du système en cas d’urgence réelle. La conformité est importante, mais la conformité sans conscience professionnelle n’est guère plus qu’une apparence.

Chaque inspection que nous effectuons, chaque dispositif que nous mettons à l’essai et chaque rapport que nous rédigeons revêt une importance qui va au-delà du simple document. De l’autre côté de chaque bâtiment, il y a des gens qui font confiance, souvent sans même y penser, à la fiabilité des systèmes qui les protègent. Les familles dans les immeubles résidentiels. Les employés dans les bureaux. Les patients dans les milieux de soins. Les élèves dans les écoles. Ils font confiance à ces systèmes non pas parce qu’ils comprennent les normes dans les moindres détails, mais parce qu’ils partent du principe que quelqu’un a déjà fait le travail nécessaire pour que cette protection soit réelle.

Cette confiance est profonde. Cela devrait inciter toute personne exerçant ce métier à faire preuve d’humilité.

En tant que technicien de l’ACAI, je garde cela à l’esprit chaque fois que je me rends sur un site. Lorsque j’inspecte un système, je n’interagis pas uniquement avec l’équipement. Je suis en train d’évaluer une partie du cadre de sécurité des personnes d’un bâtiment. Quand je mets à l’essai un détecteur, je ne fais pas que vérifier une fonction. Je contribue à vérifier si un dispositif de déclenchement réagira lorsqu’une personne n’aura peut-être que quelques secondes pour réagir. Lorsque j’examine l’état d’un panneau, que je constate une lacune ou que je documente une défaillance, je ne fais pas que remplir des lignes dans un rapport. Je contribue à la rédaction d’un dossier qui pourrait déterminer si un problème est corrigé avant qu’il n’entraîne des conséquences.

Voilà la véritable signification de notre travail. C’est un travail technique, oui, mais c’est aussi une question d’éthique.

Les normes qui régissent notre profession reflètent cette réalité. Les normes CAN/ULC-S524, CAN/ULC-S536 et CAN/ULC-S537 ne sont pas des exigences arbitraires, et elles ne sont certainement pas des obstacles bureaucratiques. Elles existent parce que la sécurité des personnes exige cohérence, structure et responsabilité. Elles reflètent les leçons tirées de l’expérience, des échecs et des tragédies. Elles fournissent un cadre permettant de s’assurer que les systèmes sont correctement installés, vérifiés de manière appropriée et entretenus, afin de pouvoir compter sur eux lorsque les conditions sont les plus difficiles.

Il est facile de parler des normes en utilisant un langage purement technique, mais leur objectif est profondément humain. Elles visent à préserver les vies, à réduire l’incertitude en cas d’urgence et à créer des systèmes sur lesquels les occupants peuvent compter sans jamais avoir besoin d’en comprendre la complexité.

En ce sens, les normes ne sont pas de simples documents de référence. Elles sont l’expression d’un sens des responsabilités.

C’est pour cela que des incendies comme celui-là sont si difficiles à accepter. Chaque fois que des personnes perdent la vie, nous, qui travaillons dans ce domaine, ne pouvons pas nous empêcher de réfléchir à la chaîne de protection qui devrait exister au sein de l’environnement bâti. Nous nous demandons si le bâtiment était équipé des systèmes adéquats, si ces systèmes fonctionnaient correctement et si les alertes étaient retardées, affaiblies ou absentes. Nous nous demandons si l’entretien a été négligé, si des problèmes connus ont été reportés, si la documentation reflétait bien la réalité et si le système était considéré comme une véritable infrastructure de sécurité des personnes plutôt qu’une exigence à satisfaire au strict minimum.

Ces réflexions ne sont pas de simples spéculations. Elles sont le fruit d’une prise de conscience de l’importance des détails qui restent invisibles jusqu’à ce que quelque chose tourne mal.

Dans ce métier, aucun détail n’est anodin.

Un dispositif qui ne fonctionne pas correctement. Un problème de circuit qui n’a pas été réglé. Une condition de surveillance ignorée. Un dispositif de notification qui ne fonctionne pas comme prévu. Une condition de dérangement sur le panneau considéré comme une situation courante. Une documentation incomplète. Une inspection effectuée sans la diligence requise. Chacun de ces éléments peut sembler anodin pris isolément. Pourtant, en cas d’urgence réelle, ils pourraient ne pas être anodins du tout.

C’est pourquoi l’intégrité est si importante dans le domaine de l’alarme incendie et de la sécurité des personnes.

Les compétences sont importantes. Les connaissances techniques sont importantes. L’expérience est importante. Une solide compréhension du fonctionnement du système, de l’application des codes, des méthodes de mise à l’essai, des séquences de fonctionnement et des exigences en matière de documentation est indispensable. Toutefois, c’est l’intégrité qui détermine si ces compétences sont mises en œuvre avec le sérieux qu’elles méritent. C’est ce qui empêche les techniciens de précipiter leur travail simplement pour en finir. C’est ce qui pousse quelqu’un à noter clairement une lacune, même si ce message risque de déplaire. C’est ce qui motive un technicien à enquêter plutôt qu’à présumer, à vérifier plutôt qu’à deviner, et à traiter chaque tâche comme si des vies en dépendaient.

Car c’est effectivement le cas.

La plupart du travail essentiel dans le domaine de la sécurité des personnes passe inaperçu. Lorsqu’un système d’alarme incendie fonctionne correctement, on reconnaît rarement le mérite de la vérification qui a permis de confirmer que le système avait été correctement installé, de l’inspection qui a permis de détecter un problème plusieurs mois auparavant, ou du technicien qui a pris le temps de s’assurer qu’une lacune était correctement documentée. Le succès dans ce domaine passe souvent inaperçu. Le système fonctionne, les occupants évacuent les lieux, les interventions d’urgence se déroulent, et le moment passe.

Pour autant, il ne faut pas confondre ce qui passe inaperçu pour de l’insignifiance.

À bien des égards, c’est justement le caractère discret de ce travail qui lui confère toute sa valeur. Nous travaillons dans un environnement où le meilleur scénario est souvent l’absence de catastrophe, où l’alerte est donnée suffisamment tôt pour que les personnes puissent évacuer en toute sécurité et pour que les pompiers puissent intervenir. On ne peut pas toujours en mesurer la valeur de manière publique, mais elle est immense.

Chaque incendie nous rappelle de manière déchirante les enjeux.

Mes pensées vont aux victimes, à leurs familles et à toutes les personnes touchées. Et pour nous qui travaillons dans le domaine de l’alarme incendie et de la sécurité des personnes, cela nous rappelle également qu’il faut continuer à accomplir ce travail avec toute la diligence qu’il mérite.

Parce que notre travail n’est pas seulement technique. Ce n’est pas seulement une question de procédure.

Et ce n’est jamais une simple case à cocher.

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