Quand l’autorité compétente n’est pas là : naviguer dans la conformité en matière de sécurité des personnes dans les zones rurales

Paul Marinelli

Rockies Fire Protection Inc

Il y a un aspect du secteur de la sécurité incendie et de la sécurité des personnes dont on ne parle jamais assez. Ce n’est pas le côté qui concerne les nouvelles tours de grande hauteur dans les grandes villes, dotées de services de prévention des incendies à plein temps, d’agents de sécurité spécialisés et d’une surveillance constante. C’est la réalité à laquelle sont confrontés chaque jour de nombreux techniciens dans les petites villes, les communautés rurales et les régions éloignées du Canada, là où les moyens de faire respecter la loi sont limités, où les propriétaires de bâtiments sont à bout de souffle et où la conformité aux normes de sécurité des personnes peut prendre discrètement de plus en plus de retard, année après année.

En tant que techniciens et professionnels de la sécurité des personnes, nous entrons souvent dans ces bâtiments avec une responsabilité bien plus grande que beaucoup ne l’imaginent. Nous l’avons tous vécu. Vous arrivez sur place pour effectuer l’inspection annuelle du système d’alarme incendie et vous découvrez des problèmes qui vont bien au-delà du système lui-même. Les batteries des dispositifs d’éclairage de secours sont à plat, les vannes des gicleurs sont inaccessibles, les systèmes d’extinction de la cuisine n’ont pas fait l’objet d’un entretien depuis longtemps, les extincteurs ont dépassé leur date de péremption, les systèmes de surveillance ont été contournés et les lacunes observées depuis des années n’ont toujours pas été corrigées.

Dans la plupart des cas, un inspecteur incendie n’a probablement pas inspecté le bâtiment depuis des années.

Je tiens à le préciser très clairement : ce texte n’est pas destiné à critiquer les autorités compétentes. Dans de nombreuses régions rurales, les municipalités font de leur mieux avec les ressources à leur disposition. Certaines communautés dépendent fortement des services bénévoles. Certains inspecteurs couvrent des régions géographiques très vastes. D’autres doivent jongler avec plusieurs fonctions à la fois, allant des inspections aux interventions d’urgence en passant par les tâches administratives. Les réalités opérationnelles sont difficiles, et la charge de travail peut être énorme.

Peu importe la raison, le résultat est le même. Des lacunes touchant la conformité continue peuvent apparaître au fil du temps et devenir dangereuses. Cette réalité place les techniciens dans une situation particulière.

Qu’on le veuille ou non, nous sommes souvent les professionnels de la sécurité des personnes les plus assidus à fréquenter ces bâtiments. Nous sommes les personnes qui repèrent les tendances, les lacunes récurrentes et les signes avant-coureurs avant les autres. Cette responsabilité ne se limite pas à remplir un formulaire d’inspection et à rédiger un rapport sur les lacunes. C’est une question de responsabilité éthique.

L’un des aspects les plus difficiles de ce secteur consiste à trouver le juste équilibre entre professionnalisme et relations d’affaires, tout en assurant la sécurité du public.

Que faisons-nous lorsque des lacunes graves continuent d’être ignorées année après année? Jusqu’à quel point faut-il insister? À quel moment une recommandation devient-elle une préoccupation en matière de responsabilité? Comment pouvons-nous entretenir de bonnes relations avec nos clients, tout en veillant à la sécurité des occupants, du personnel et des pompiers?

Ce ne sont pas des questions faciles, surtout pour les petites entreprises qui exercent leurs activités au sein de communautés tissées serrées où les relations sont très importantes. Personne ne souhaite être considéré comme « l’entreprise qui cause des problèmes ». Pourtant, personne parmi nous n’exerce ce métier simplement pour cocher des cases et fermer les yeux sur des dangers qui, nous le savons, pourraient mettre des vies en danger; c’est pourquoi, selon moi, notre rôle en tant que techniciens doit évoluer.

Les meilleurs techniciens avec qui j’ai travaillé ne sont pas seulement doués sur le plan technique, ce sont aussi des pédagogues. Ils communiquent clairement. Ils expliquent les risques dans un langage simple et accessible. Ils aident les propriétaires de bâtiments à comprendre non seulement les problèmes, mais aussi pourquoi il est important de les régler. Ils ne font pas que citer des infractions au code; ils contribuent plutôt à créer une culture de sensibilisation à la sécurité des personnes.

Dans de nombreux cas, les propriétaires de bâtiments ne sont pas intentionnellement négligents. Souvent, ils se sentent dépassés, sont mal informés, ont des difficultés financières ou ne se rendent tout simplement pas compte à quel point certaines lacunes peuvent devenir graves. Pour nous, cependant, ces enjeux peuvent faire la différence entre un incident maîtrisé et une catastrophe.

Voilà pourquoi la communication est importante. Nos rapports doivent être clairs, professionnels et bien documentés. Les photos sont importantes. Le suivi de la communication est important. Les références aux normes applicables sont importantes. Une documentation appropriée protège non seulement les techniciens et les entrepreneurs, mais aussi les propriétaires et les occupants des bâtiments. Dans les régions où les ressources d’application de la loi peuvent être limitées, une documentation solide devient encore plus importante.

Je pense que notre secteur doit éviter de se réduire à une simple relation transactionnelle, car il y a un risque à laisser les inspections devenir des exercices répétitifs où l’on constate chaque année les mêmes lacunes sans véritable espoir de voir la situation s’améliorer. Avec le temps, tant les techniciens que les propriétaires peuvent finir par s’y habituer. La lassitude face à la conformité s’installe. Les rapports finissent aux archives. L’urgence disparaît. Au final, les systèmes de sécurité des personnes risquent de devenir quelque chose que les gens considèrent comme acquis, pensant qu’ils fonctionneront simplement parce qu’ils existent.

Ces systèmes font plus que protéger des vies sur papier. Ils protègent des vies lorsqu’ils sont correctement entretenus, mis à l’essai et pleinement fonctionnels en cas d’urgence. Cette distinction est importante.

À mesure que notre secteur continue d’évoluer, je pense que les techniciens ont la possibilité de jouer un plus grand rôle de leadership, surtout dans les régions moins bien desservies. Ce leadership ne nécessite ni confrontation ni critique. Il exige du professionnalisme, de la cohérence, de l’intégrité et la volonté d’avoir des conversations difficiles lorsque cela s’avère nécessaire. Il nécessite aussi de la collaboration.

Les autorités compétentes, les entrepreneurs, les techniciens, les propriétaires de bâtiments, les fournisseurs de services de surveillance, les formateurs et les associations professionnelles jouent tous un rôle essentiel dans l’écosystème de la sécurité des personnes. Personne ne peut relever ces défis seul, mais prendre conscience des réalités auxquelles sont confrontées les communautés rurales et isolées constitue une première étape importante pour améliorer la situation.

Au fond, la plupart des gens de notre secteur ont choisi ce métier pour la même raison : protéger des vies.

Cette responsabilité ne disparaît pas simplement parce que les ressources chargées de faire respecter la loi sont mises à rude épreuve ou parce qu’un bâtiment est situé en dehors d’un grand centre urbain. Dans de nombreuses communautés rurales partout au Canada, les techniciens peuvent représenter la dernière ligne de défense cohérente entre la conformité sur papier et la sécurité réelle des personnes, et c’est une responsabilité qu’il convient de prendre très au sérieux.

En tant que techniciens, nous n’avons peut-être pas le pouvoir de faire respecter la conformité, mais nous avons la responsabilité d’en défendre les principes.

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