Au-delà de l’alarme incendie : raisons pour lesquelles les techniciens d’aujourd’hui doivent adopter une approche globale en matière de sécurité des personnes
Paul Marinelli
Rockies Fire Protection Inc
Il fut un temps où les techniciens en alarme incendie pouvaient se consacrer presque exclusivement sur un seul type de système. Ils pouvaient se familiariser avec le panneau et les dispositifs, comprendre le code, vérifier le bon fonctionnement et corriger les problèmes touchant les circuits.
Cette base demeure encore aujourd’hui, car les systèmes d’alarme incendie restent l’un des éléments les plus essentiels à la sécurité des personnes dans les bâtiments. Cependant, ces nouveaux bâtiments modernes évoluent, et notre rôle en tant que techniciens en sécurité incendie et en sécurité des personnes doit donc évoluer avec eux.
Les systèmes de sécurité des personnes d’aujourd’hui ne fonctionnent plus de manière isolée. Ils sont intégrés, interconnectés et dépendent l’un de l’autre pour fonctionner correctement en cas d’urgence. Un système d’alarme incendie s’inscrit maintenant dans un écosystème beaucoup plus vaste comprenant des gicleurs, des systèmes de contrôle de la fumée, des ascenseurs, des sources d’alimentation de secours, des systèmes de contrôle d’accès, des systèmes de surveillance, des systèmes d’extinction pour cuisines, des systèmes de communication vocale et des systèmes d’automatisation des bâtiments.
En cas d’urgence réelle, les systèmes de sécurité des personnes doivent fonctionner selon une stratégie coordonnée.
Imaginons un immeuble résidentiel de grande hauteur dans lequel le système d’alarme incendie se déclenche correctement, mais où la porte d’une cage d’escalier à accès contrôlé ne se déverrouille pas en raison d’une erreur de programmation. Les occupants qui tentent d’évacuer les lieux se retrouvent face à une issue verrouillée. L’entrepreneur responsable du système d’alarme incendie pourrait insister sur le fait que le système fonctionnait correctement. L’entrepreneur responsable du système de contrôle d’accès pourrait dire que son équipement n’a jamais reçu le signal. Entre-temps, les occupants sont exposés à un risque. Cette défaillance n’est peut-être pas du tout causée par un dispositif défectueux. Il pourrait s’agir d’un relais mal programmé, d’un problème de communication réseau, d’une modification apportée lors de travaux de rénovation ou d’une séquence qui n’a jamais été entièrement mise à l’essai après les modifications.
Le technicien qui comprend les deux systèmes est souvent la première personne capable de déterminer la véritable source du problème.
Lorsqu’une alarme incendie se déclenche, la séquence s’enclenche :
- Le panneau d’alarme incendie entre en état d’alarme.
- Les dispositifs électromagnétiques des portes se déverrouillent.
- Les registres coupe-fumée s’ouvrent/se ferment.
- Les systèmes de pressurisation des cages d’escalier se déclenchent.
- Le rappel des ascenseurs se déclenche.
- Les portes à contrôle d’accès se déverrouillent.
- Les centrales de surveillance reçoivent des signaux.
- Les systèmes de communication vocale diffusent des instructions.
Chacune de ces actions est importante, car même si un seul composant ne fonctionne pas correctement, l’efficacité du plan global de sécurité des personnes peut être compromise. Cela signifie que les techniciens doivent aujourd’hui aller au-delà des dispositifs individuels et commencer à comprendre l’ensemble de la chaîne d’interaction. L’industrie n’a plus besoin de techniciens qui savent uniquement remplacer des pièces. Il faut des professionnels qui comprennent les systèmes.
Les meilleurs techniciens dans ce domaine sont souvent celles et ceux qui savent prendre du recul pour avoir une vision d’ensemble. Ils comprennent le lien de cause à effet.
L’adoption de plus en plus importante d’exigences en matière d’essais intégrés partout au Canada accentue le besoin de connaissances techniques plus étendues.
Historiquement, de nombreux systèmes ont été mis en service de manière indépendante. Les entrepreneurs en systèmes d’alarme incendie mettaient à l’essai les fonctions d’alarme incendie. Les entrepreneurs en ascenseurs mettaient à l’essai les ascenseurs. Les entrepreneurs en systèmes de contrôle d’accès mettaient à l’essai les pièces des portes. Les propriétaires de bâtiments partaient souvent du principe que si chaque système individuel passait ses propres essais avec succès, le bâtiment était entièrement protégé. Nous savons aujourd’hui que ce n’est pas toujours le cas. Les essais intégrés permettent de vérifier que les systèmes de sécurité des personnes communiquent et fonctionnent ensemble comme prévu. Pour qu’un essai intégré soit réussi, il faut que les techniciens provenant de différentes disciplines comprennent non seulement leurs propres systèmes, mais aussi les interactions attendues avec les autres systèmes.
Plus les techniciens ont de connaissances sur les systèmes adjacents, plus ils gagnent en efficacité lors de ces travaux de mise à l’essai.
Lorsqu’une séquence échoue, ils ne présument pas immédiatement que le problème relève d’un autre corps de métier. Ils commencent plutôt par se poser des questions pour déterminer si le problème est lié à la programmation, à une sortie de relais déconnectée, à d’éventuels travaux de rénovation ou à tout autre changement susceptible d’avoir eu une incidence sur la séquence de fonctionnement.
Cette mentalité distingue les véritables professionnels de la sécurité des personnes des simples techniciens de service.
Les techniciens d’aujourd’hui doivent devenir des enquêteurs en mesure de comprendre non seulement comment les systèmes fonctionnent individuellement, mais aussi leur interdépendance dans des conditions réelles.
Ma conviction quant à l’importance des connaissances interdisciplinaires ne repose pas uniquement sur la théorie. Au cours de ma carrière, j’ai obtenu et maintenu différentes certifications pour travailler sur des systèmes d’alarme incendie, des systèmes d’extinction pour cuisines, des systèmes de nettoyage des conduits d’évacuation des cuisines, des systèmes de prévention des refoulements interconnectés, des extincteurs portatifs, des appareils d’éclairage pour issues de secours et d’urgence, des systèmes de contrôle d’accès, des systèmes de vidéosurveillance, des systèmes de surveillance, et des inspections. J’ai également obtenu diverses certifications d’usine et suivi des formations dans d’autres domaines liés à la sécurité des personnes. Plus je me familiarisais avec les disciplines connexes, plus il m’était facile de repérer les lacunes, de communiquer avec les autres corps de métier et de comprendre comment l’ensemble des stratégies de sécurité des personnes fonctionnent ensemble.
Un technicien en alarme incendie qui comprend les systèmes de gicleurs est plus efficace lors des essais intégrés. Un technicien familiarisé avec les systèmes de contrôle d’accès comprend mieux les exigences relatives au déverrouillage des portes et aux issues de secours. Les connaissances sur les systèmes d’extinction pour les cuisines permettent aux techniciens de repérer des lacunes qui, sans cela, auraient pu passer inaperçues. Une bonne compréhension des exigences de surveillance de la norme CAN ULC 561 permet d’améliorer les compétences de dépannage et d’atténuer les problèmes de communication entre les systèmes et les centrales de surveillance.
Rien de tout cela ne remplace la spécialisation. L’expertise demeure importante, mais les techniciens qui élargissent leurs connaissances deviennent nettement plus précieux pour les employeurs, les clients et le secteur lui-même. Ils deviennent aussi naturellement de meilleurs dirigeants.
Aujourd’hui, les propriétaires de bâtiments sont de plus en plus frustrés par le cloisonnement entre les différents corps de métier. Ils s’attendent à ce qu’on leur propose des solutions, et non qu’on pointe du doigt.
Trop souvent, plusieurs entrepreneurs arrivent sur place et se mettent aussitôt à rejeter la faute sur quelqu’un d’autre. En attendant, cette lacune n’est toujours pas corrigée. Les clients ne cherchent pas toujours à savoir qui est à l’origine du problème. Ils veulent savoir si leur bâtiment est sûr et fonctionnel ou non.
Les techniciens qui façonneront l’avenir de ce secteur sont celles et ceux qui sont en mesure de communiquer avec les différents corps de métier, de comprendre l’intégration et de contribuer à résoudre les problèmes de manière collaborative plutôt que sur la défensive.
La sécurité des personnes repose en fin de compte sur un travail d’équipe, et les technologies évoluent rapidement. À mesure que les systèmes continuent de converger, notre secteur doit s’adapter en conséquence.
Les systèmes modernes reposent de plus en plus sur :
- la communication IP;
- la surveillance infonuagique;
- les diagnostics à distance;
- l’intégration réseau;
- l’infrastructure de bâtiment intelligent;
- les logiciels de génération automatique de rapports;
- les considérations en matière de cybersécurité;
- les interfaces d’automatisation des bâtiments.
À mesure que ces technologies continuent d’évoluer, la frontière entre les systèmes d’alarme incendie, de sécurité, de communication et les systèmes du bâtiment continuera de rétrécir.
Les techniciens de demain pourraient devoir comprendre les réseaux aussi facilement qu’ils comprennent les mesures de tension. Ce changement s’opère déjà.
Les entreprises et les techniciens qui l’adopteront rapidement bénéficieront d’un avantage considérable à l’avenir.
Cette évolution crée également une responsabilité pour les techniciens chevronnés, les formateurs et les leaders du secteur. Le mentorat est plus important que jamais.
La prochaine génération a besoin de plus qu’une simple formation technique. Elle a besoin d’un accompagnement pour développer son esprit critique, son professionnalisme, ses compétences en communication et en systèmes intégrés.
Les jeunes techniciens doivent comprendre non seulement comment fonctionne un dispositif, mais aussi pourquoi la séquence globale existe en premier lieu.
Comme de nombreux métiers spécialisés, le secteur canadien de la sécurité des personnes est confronté à des défis en matière de main-d’œuvre, alors que les professionnels expérimentés partent à la retraite.
Les précieuses connaissances accumulées au fil des décennies risquent fort d’être perdues si elles ne sont pas délibérément transmises à la prochaine génération. Le secteur a la possibilité de former des techniciens qui soient non seulement compétents sur le plan technique, mais aussi aptes à comprendre l’intégration, à faire preuve d’esprit critique et à travailler en collaboration. Adopter dès aujourd’hui cette mentalité plus globale contribuera à assurer la pérennité du secteur demain, car en fin de compte, la sécurité des personnes ne se résume pas à des panneaux, à des circuits ou à des logiciels. Il s’agit avant tout de protéger les gens dans les moments les plus difficiles de leur vie. Cette responsabilité mérite une vision plus globale.
Notre industrie entre dans une nouvelle ère pour les professionnels de la sécurité des personnes. Les bâtiments deviennent de plus en plus intelligents. Les systèmes deviennent de plus en plus intégrés. Les attentes se multiplient et la main-d’œuvre évolue.
Les techniciens qui s’épanouissent dans cet environnement ne seront pas celles et ceux qui se limitent à une seule spécialité étroite. Ce seront les professionnels qui comprennent comment les systèmes de sécurité des personnes fonctionnent ensemble dans le cadre d’une stratégie globale.
L’avenir appartient aux techniciens qui peuvent voir au-delà des systèmes d’alarme incendie, car dans les bâtiments modernes, la véritable sécurité des personnes n’a jamais reposé sur un seul système. La véritable sécurité des personnes repose sur la manière dont tous les systèmes fonctionnent de concert au moment où cela compte le plus.
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